Le géant égoïste


LE GEANT EGOÏSTE





Tous les après midi, en sortant de l'école, les enfants se précipitaient pour jouer dans un grand jardin qui paraissait abandonné. A peine débarrassés de leurs cartables, ils se roulaient dans l'herbe, sautaient par-dessus les bosquets comme de petits singes, ou se poursuivaient frénétiquement en poussant des cris de sioux.

Autour d'eux, c'était un feu d'artifice de fleurs de toutes sortes : rosiers sauvages, pivoine d'un rouge éclatant, pissenlits en cascades, giroflées aux parfums envoûtants, sans parler de quelques campanules espiègles dont les clochettes semblaient carillonner au passage des écoliers. Quant aux arbres fruitiers, ils prêtaient volontiers leurs branches à d'incessantes parties de cache-cache, tandis que les oiseaux du voisinage accompagnaient tout ce petit monde d'un joyeux tintamarre. Pour eux aussi, ces fins d'après-midi avaient des allures de récréation.

Personne ne semblait remarquer la maison aux volets fermés et aux cheminées immenses, qui dormait au fond du jardin.

Un jour que les enfants construisaient une cabane entre les branches d'un pommier, la lourde porte de la maison s'ouvrit dans un fracas épouvantable, laissant apparaître un géant à la longue barbe hirsute qui se précipita vers les enfants effrayés. Revenu d'un voyage de plus de sept années, il se planta au milieu de la pelouse :

« Qui vous a permis de grimper dans mes arbres, de cours autour de mes fleurs, de chanter avec mes oiseaux ? Ce jardin est à moi, rien qu'a moi. Allez ouste, dehors, fichez-moi le camp ! »

Comme une volée de moineaux, les enfants disparurent. Aussitôt après leur départ, le Géant entreprit de construire un immense mur tout autour du jardin. Un mur sans porte, sans fenêtres. Et lorsqu'il fut achevé, il y cloua un écriteau qui précisait :

« Défense d'entrer, propriété privée »

Puis il rentra chez lui et après avoir vérifié que le calme était revenu, il s'installa tranquillement dans ses appartements.

Les enfants étaient désormais privés de leur terrain de jeu favori.

Fini les galipettes dans l'herbe fraîche, finis les secrets de la nature que leur racontaient les vieux pommiers, fini le tintement des campanules. A la sortie des classes, ils marchaient tristement le long du mur, et devaient se contenter de jouer avec les gravillons récoltés dans la rue sombre.

L'hiver arriva. Un froid glacial s'abattit sur le jardin du Géant. Quelques flocons de neige vinrent d'abord danser devant sa fenêtre, puis un épais manteau blanc recouvrit bientôt la pelouse. La glace enveloppa peu à peu les branches des arbres, et la grêle se mêla de la partie, tambourinant des heures entières sur le toit, tandis que le vent du nord sifflait, inquiétant et lugubre...

« Comme l'hiver est rude cette année ! » se lamentait le Géant en se réchauffant les mains devant la cheminée.

Puis le printemps revint. Partout dans les champs des environs, de tendres pousses d'herbe faisaient leur apparition. Attiré par les rayons du soleil, les premières fleurs dépliaient leurs pétales, encouragées par le gazouillis incessant des oiseaux.

Mais dans le jardin du Géant, c'était toujours l'hiver, le froid, glacial. Un jour, une primevère se risqua timidement percer l'épais manteau de neige. La pelouse ressemblait à un désert blanc et monotone. Pas un enfant à l'horizon, pas une fleur, pas même un cri d'oiseau. Déçu, la primevère se recroquevilla sur elle-même, rentra sous terre, et se rendormit aussitôt.

« Maudite saison, maudit vent du nord ! Maugréait le Géant. Pourquoi le printemps boude-t-il mon jardin ? Pourquoi les oiseaux ne viennent-ils plus siffloter sur mon toit ? »

Ailleurs, l'été succéda au printemps, puis ce fut l'automne été sa moisson de pommes joufflues et gorgées de sucre. Dans le grand jardin, les arbres n'avaient donné aucun fruit. Ils restaient désespérément nus, glacés, sans vie. Le manteau de neige s'était encore épaissi, et le vent du nord, comme prisonnier du mur, tournait en rond comme un fauve en cage, hurlant de colère jusqu'à en déchirer les oreilles du Géant. Pire encore, la grêle redoubla de violence. Elle cognait des heures entières sur le toit, brisant quelques ardoises, s'infiltrant parfois jusque dans la maison, tandis que le géant grelottait sous ses couvertures.


Il en fut ainsi pendant trois longues années. Trois années de gel, de froid, d'ennui.

Un matin que le Géant tentait de se réchauffer dans son lit, une petite musique vint lui chatouiller les oreilles. Pensant d'abord qu'une fanfare passait dans la rue, il ouvrit sa fenêtre et découvrit alors un petit moineau espiègle sifflotait sur le bord du toit. La grêle et le vent s'étaient tus, et dehors, un incroyable spectacle l'attendait : la neige avait disparu !

Des bouquets de campanules, de primevères, de marguerites et de boutons d'or explosaient de nouveau sur la pelouse du jardin, et les arbres fruitiers étincelaient de fleurs rose et blanches.

Sur chacun d'eux, il y avait un enfant perché qui trépignait de joie et chantait à tue-tête avec ses camarades...


 

 


C'est alors que le Géant s'aperçut qu'une petite partie du mur s'était écroulé, forant un grand trou par lequel les enfants avaient pu passer. Il se frappa la tête. « Quel égoïste j'ai été ! C'est à cause de moi si le printemps refusait de venir ici, à cause de ce mur ! »

Bien décidé le démolir sur le champ, il s'empara d'une hache et dévala quatre à quatre les marches du perron. Mais les enfants effrayés s'enfuirent aussitôt par le grand trou, talonnées de près par les oiseaux.

Dans le silence qui s'installait à nouveau, le Géant entendit les pleurs d'un petit garçon assis au pied du seul arbre dont les branches étaient encre couvertes de neige. Le petit garçon sanglotait. Il pleurait tant que ses larmes lui brouillaient les yeux et il ne vit pas le Géant s'approcher...

« Que t'arrive-t-il mon petit ? »

Le petit garçon sursauta, se mit à trembler, puis parvint à bredouiller entre ses dents : « Je n'arrive pas à grimper dans cette arbre. Je suis trop petit. Et ses branches sont si engourdies par le froid qu'il ne peut même pas se pencher pour m'aider... »

Alors le Géant prit délicatement l'enfant dans ses bras, le souleva de terre et le hissa sur la plus haute branche. Aussitôt la glace fondit, l'arbre retrouva sa souplesse, et ce fut soudain une explosion de bourgeons, de fleurs, et de fruits mêlés.

L'enfant poussa un cri d'émerveillement : « Oh ! Comme c'est beau ! «  Et pour remercier le Géant, il l'embrassa comme du bon pain sur les deux joues. Le Géant en fut ému jusqu'aux larmes. Et pendant qu'il démolissait le mur, les autres enfants, rassurés, reprirent leurs parties de cache-cache, accompagnés par le piaillement frénétique des oiseaux.

Le soir venu, alors que les écoliers faisaient une farandole autour de lui, le Géant s'aperçut que le petit garçon était absent.

Il questionna les autres écoliers : « savez-vous où est passé votre ami, celui qui était bien trop petit pour grimper dans l'arbre ? » Mais aucun ne sut lui répondre. Personne ne connaissait ni son nom ni son adresse. Personne ne l'avait d'ailleurs rencontré jusque-là.

Le Géant en fut fort triste. Mais à partir de ce jour, tous les après-midi après l'école, les enfants revinrent s'amuser dans son jardin.

C'était pour lui une fête de les voir chahuter sur l'herbe. Il leur faisait toutes sortes de cadeaux, leur offrait gâteaux et friandises sous l'œil gourmand des merles et des étourneaux.

Pourtant le petit garçon qu'il avait porté dans l'arbre ne quitta jamais sa mémoire...

De longues années passèrent. Le Géant était devenu si vieux, si fatigué, qu'il avait peine à quitter son fauteuil. Il ne détestait plus autant l'hiver. Il savait que c'était une saison nécessaire pour que les fleurs se reposent un peu. Un matin, il était assis derrière sa fenêtre à regarder la neige qui tombait à gros flocons, quand un étrange scintillement attira son regard, venu de l'arbre le plus reculé du jardin. Perché sur une de ses branches, quelqu'un semblait lui faire signe.

Intrigué, le Géant réussit à se lever de son fauteuil, et se dirigea comme il put vers le fond du jardin. A mesure qu'il s'approchait, son cœur se mit à batte plus fort. L'arbre était couvert de fleurs blanches et e fruits dorés qui étincelaient sur ses branches aux couleurs d'argent. Juste à côté, le petit garçon lui souriait.

« Te voilà enfin ! » murmura le géant.

Le petit garçon lui prit la main et lui dit : « Moi aussi je suis heureux de te revoir. Si je suis ici, c'est que je te devais quelque chose. Un jour, tu m'as ouvert les portes de ton jardin. Il est temps pour moi de t'emmener dans le mien. Il s'appelle le Paradis. »

Alors sans dire un mot, le Géant lui sourit à son tour, s'allongea sur la neige et ferma lentement ses paupières.

C'est ainsi que ce jour-là, après l'école, les enfants découvrirent le géant endormi pour toujours, le corps couvert de milliers de petites fleurs blanches, sous les scintillements de l'arbre d'or et d'argent.


Le graphisme présenté à été réalisé de mes propres mains, pas de copie sur un autre site. Site crée le Vendredi 8 août 2008
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