Le soleil disparu


LE SOLEIL DISPARU


 

« Eh, eh, réveillez-vous ! »  cria Kourkyl le corbeau à travers l'obscurité du grand terrier de neige.

Quelques bâillements se firent entendre, mêlés à d'incessants ronflements qui eurent le don de mettre l'oiseau hors de lui : « Mais enfin secouez-vous ! J'ai quelque chose d'important à vous raconter ! »

Autour de lui, le phoque, le renne, la baleine bleue, le pingouin, le renard et l'hermine, soupirent par ci, grognant par là, ouvrirent un œil puis l'autre sans parvenir à distinguer quoi que ce soit. Dehors il faisait nuit noire.

Le soleil avait disparu depuis de très long mois et la neige recouvrait la Terre, forçant les animaux à creuser des trous dans lesquels ils s'étaient blottis les uns contre les autres pour tenter de se réchauffer.

« Qu'as-tu encore inventé, espèce de vieux corbeau tordu ? murmura le phoque entre ses dents.

- Cette nuit, j'ai rêvé que le Soleil était de retour. Vous entendez ? Le So-leil ! » croassa Kourkyl.

Le renne se leva péniblement, pointa son museau à l'extérieur du terrier, et constatant qu'il n'y avait rien d'autre à voir que le noir des ténèbres, il retourna se coucher en poussant un grognement de mauvaise humeur : « Sinistre volatile, tu vois bien qu'il fait toujours nuit ! Arrête de rêver et laisse nous dormir tranquilles, tu veux ?

- Mais puisque je vous dis que le Soleil est revenu ! Il est prisonnier derrière un immense plafond de glace, là, tout en haut du ciel !

C'est pour cela qu'il fait nuit depuis si longtemps...

- Et alors qu'est-ce qu'on peut y faire ? maugréa la phoque.

- Creusons un trou dans la glace et allons délivrer le Soleil !

Vite, tout le monde au travail ! »

Un frémissement parcouru l'assemblée des animaux. Dans le terrier, on entendit alors d'interminables conciliabules afin de savoir s'il valait mieux creuse un trou à coups de dents, à coups de cornes, ou simplement en soufflant sur la glace pour la faire fondre.

« Avant de creuse quoi que ce soit, remarqua l'hermine, il faudrait d'abord grimper jusqu'au ciel. »

Peu après, la cohorte des animaux encore engourdis de sommeil se mit en route vers la plus haute montagne des alentours, celle qui touchait presque la voûte celeste.

Arrivé au sommet, le renard grimpa sur les épaules de l'hermine, le pingouin sur les épaules du renard, le phoque sur les épaules du pingouin, le renne sur les épaules du phoque, la baleine sur les épaules du renne, jusqu'à former un étrange gratte-ciel sur lequel le corbeau voulut se poser.

Mais au moment précis où il atteignit le dos de la baleine, l'édifice se mit à tanguer à droite, puis à gauche, puis encore à droite, puis encore à gauche, puis une dernière fois à droite, jusqu'à s'écrouler lamentablement sous les croassements impuissant de Kourkyl.

Tout ce petit monde se retrouva éparpillé dans la neige à frotter ses bosses, et à maudire le mauvais sort.

« Laisse tomber ! s'exclama la baleine bleue.

- C'est déjà fait ! vociféra le phoque. Sans compter que nous ne sommes pas des animaux de cirque...

- Tu as raison ! enchaîna le renne. Retournons dormir et attendons la fin de l'hiver.

- Ca pas question ! s'écria Kourkyl en battant frénétiquement des ailes. Si nous ne délivrons pas le Soleil, nous finirons tous congelés ! Mais cette fois, j'ai une meilleure idée : les plus gros d'entre nous resterons en bas et porteront les autres, tandis que les plus petits grimperont tout en haut pour rejoindre le ciel. »

Chacun s'exécuta : le renne monta sur les épaules de la baleine, le phoque sur les épaules du renne, le pingouin sur les épaules du phoque, et ainsi de suite jusqu'à la frêle hermine, qui accepta de servir de perchoir au corbeau. Après quelques oscillations, le gratte-ciel parvint à se tenir en équilibre. Par malchance le plafond de glace demeurait inaccessible...

Alors Kourkyl pris son élan et s'éleva vers la voûte céleste. A peine envolé, sa tête se cogna violemment contre le plafond de glace : « Aïe ! » croassa-t-il, moitié assommé, moitié rassuré. Lorsqu'il eu retrouvé ses esprits, il se mit à frapper la glace à coups de bec. Des petites miettes se détachèrent du ciel, mais la glace était si dure que quelques heures plus tard, seul un tout petit trou avait entamé la surface...

«Tu n'y arriveras jamais, vieux corbeau prétentieux ! Allez redescends, quoi ! » criaient les animaux fatigué de tenir l'équilibre.

Agacé, le corbeau frappa de plus belle. De gros éclats de glace tombèrent alors en pluie sur la Terre. Petit à petit le trou finit par s'agrandir et soudain, un pinceau de lumière s'y engouffra.

« Hourrah ! Hourrah ! » s'écrièrent les animaux enthousiastes. Tandis que Kourkyl achevait d'agrandir le trou, les animaux firent la courte-échelle et parvinrent à se hisser à travers le plafond de glace.

Là-haut il faisait grand jour et l'air était doux ? Au lointain, ils aperçurent le Soleil qui se promenait, seul et triste, et partirent à sa rencontre.

« Enfin de la visite ! s'exclama-t-il en voyant apparaître les animaux.

- Nous sommes venus te chercher ! Nous sommes venus te chercher ! hurlèrent-ils tous en chœur.

- Chhhhut ! répondit le Soleil visiblement inquiet. Prenez garde ! C'est un ours polaire qui m'a emprisonné ici. Il s'est absenté quelque temps, mais s'il revient il vous dévorera tous !

- Sauf que nous serons déjà redescendus sur Terre ! » dit Kourkyl.

Soudain, un énorme grognement déchira le silence. Puis des pas lourds se rapprochèrent, provoquant un inquiétant tremblement de glace sous les pattes des animaux qui prirent la fuite.

« Au secours ! Voici l'our !

- Attendez, attendez, bande de trouillards ! croassa fébrilement le corbeau. Emmenez le Soleil avec vous ; moi je reste ici et je vous couvre ! »

 

La petite troupe reprit alors sa course, faisant rouler le Soleil à ses côtés en direction du trou que Kourkyl avait creusé. De retour sur son territoire, l'ours repéra aussitôt le corbeau et se précipita vers lui « Que fais-tu ici, espèce de vieux corbeau fripé ?

- Je suis venu....euh...je suis venu te dire que...qu'on veut te voler le Soleil ! »

- Me voler le soleil ? rugit l'ours. Qui a bien pu avoir une idée aussi saugrenue ?

- Les animaux de la Terre ! Ils en ont assez de vivre dans le noir ! »

L'ours éclata d'un rire si tonitruant que le sol tremble à nouveau sous les pattes de Kourkyl :

« Ah ah....qu'ils sont bêtes ces animaux ! Ils ne savent même pas que la voûte du ciel est gelée, alors crois-moi, ils ne sont pas prêt d'arriver jusqu'ici... Mais tu as bien fait de me prévenir. Pour te remercier de ton aide, puis-je t'offrir une tasse de thé ? » demanda l'ours.

Le jour était encore clair et Kourkyl comprit qu'il lui fallait gagner du temps. Ni le Soleil, ni ses amis n'étaient encore parvenus jusqu'au grand trou.

« Une tasse de thé ? Avec plaisirs !' dit-il en s'installant confortablement dans une chaise longue. Puis il trempa son bec dans la tasse : « Ffffffff, comme ce thé est chaud ! J'ai failli me brûler. Aurais-tu par hasard un peu de lait pour le refroidir ?

- Bien entendu ! fit l'ours heureux de rendre service à son hôte. Tiens, en voici !

Merci ! dit Kourkyl en scrutant l'horizon. Fffffff, ce thé est vraiment très chaud ! N'aurais-tu pas quelques glaçons pour qu'il refroidisse plus vite ? »

L'ours répondit aussitôt : « Tes désirs sont des ordres, mon vieux corbeau. Les glaçons ; ce n'est pas ce qui manque ici. Tiens, les voici !

- Merci mon cher ours, tu sais prendre soin de tes invités ! dit le corbeau d'une voix flatteuse. Fffffffffffffffffff ! J'ai encore failli me brûler le bec ! Ce thé est décidément très très chaud. Puis-je attendre encore un peu avant de le boire ?

- Mais bien sûr, rien ne nous presse ! Continuons de bavarder en attendant ! » répondit l'ours en s'allongeant à son tour sur une chaise longue.

A cet instant précis, le soleil s'éclipsa par le grand trou et la nuit tomba d'un seul coup. Furieux, l'ours bondit sur ses pattes : « Qu'est-ce que ça signifie ? He dis-moi vieux corbeau, par quel chemin es-tu venu jusqu'à moi ? »

A la vitesse de l'éclair, Kourkyl lâcha sa tasse de thé et déplia ses ailes : « Par quel chemin ? Exactement le même que celui par lequel je vais repartir ! Adieu, voleur de Soleil ! Adieu, et grand merci pour le thé ! »

Puis il s'envola.

L'ours eut beau se lancer à sa poursuite, courir, courir, courir encore, le corbeau bien plus rapide que lui, s'engouffra dans le grand trou et disparut. L'ours à bout de souffle et hurlant de colère, n'eut plus qu'a se coucher sur la glace pour regarder ce qui se passait en bas.

Sur Terre, la glace avait presque entièrement fondu. Herbe, fleurs, arbres et plantes s'étaient déjà remis à pousser. Tous les animaux dansaient et chantaient à tue-tête, sous les rayons du Soleil qui riait aux éclats, heureux de sa liberté retrouvée.



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